ENTRE LUTTE DES CLASSES ET FÉMINISME

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© Mars Distribution

Cela faisait longtemps que je ne vous avais pas proposé la critique d’un film venant tout juste de sortir en DVD. Sorti le Mercredi 19 Août, Journal d’une femme de chambre est un film se déroulant au début du XXème siècle et suit le destin de Célestine, une jeune femme de chambre qui débarque au domicile d’une famille provinciale.

Le synopsis

Début du XXème siècle, en province. Très courtisée pour sa beauté, Célestine est une jeune femme de chambre nouvellement arrivée de Paris au service de la famille Lanlaire. Repoussant les avances de Monsieur, Célestine doit également faire face à la très stricte Madame Lanlaire qui régit la maison d’une main de fer. Elle y fait la rencontre de Joseph, l’énigmatique jardinier de la propriété, pour lequel elle éprouve une véritable fascination.

CÉLESTINE, UN PERSONNAGE FORT

Benoît Jacquot adapte avec ce film le roman d’Octave Mirbeau qui avait déjà connu une adaptation cinématographique il y a soixante-dix ans par Jean Renoir puis il y a cinquante ans par Luis Buñuel. Jacquot adore les portraits de jeunes filles puisqu’il avait déjà été à l’origine de La Fille Seule ou encore de Princesse Marie. L’histoire est donc celle de Célestine, une jeune femme de chambre parisienne qui va être affectée auprès d’une famille bourgeoise de Province. La famille Lanlaire va lui en faire connaître de toutes les couleurs : Madame régit la maison d’une main de fer, tandis que Monsieur profite de chaque moment sans Madame pour faire des avances à sa femme de chambre et à sa cuisinière. Célestine est une rebelle de son époque : elle ne se sent pas à sa place et le fait savoir. Indomptable par nature, ses répliques sont souvent cinglantes et ne manquent pas de toupet. Le scénario nous offre quelques scènes assez croustillantes et plutôt bien trouvées niveau humour.

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© Mars Distribution

Le personnage de Célestine est particulièrement bien travaillé. Son ambiguïté à elle seule permet au film d’avoir une certaine teneur. Parfois pure et innocente, la jeune femme sait aussi jouer de ses charmes et fait parfois preuve d’une grande force de manipulation. Le film parvient assez bien à décrire la condition de la domestique dans cette époque où pour certaines femmes la prostitution était encore le seul moyen de s’en sortir. Célestine a fait le choix de la raison en devenant femme de chambre mais comprend petit à petit les sacrifices sur sa fierté que cela entraîne.

On peut percevoir une forme de féminisme chez Célestine car même dans la misère de son quotidien, elle fait toujours le choix de prendre en main son destin et de garder la tête haute. Parfois insolente pour son époque, elle dira par exemple à sa « recruteuse » qu’il n’y a pas de mauvaise femme de chambre, mais seulement des mauvais maîtres. Contrairement à ses collègues, elle a même le toupet de refuser des postes parce que la tête de la mère de famille ne lui revient pas. On peut également voir dans ce film un certain constat sur la lutte des classes et sur une réalité qui par certains points nous rappelle que la situation n’a pas tant évolué que cela. Jacquot n’hésite ainsi pas à s’attaquer à la domination de la classe bourgeoise.

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                                                                                  © Mars Distribution

DES CHOIX ARTISTIQUES DISCUTABLES

Le film revient également sur certains épisodes de la vie de Célestine comme cette maison dans laquelle elle a vécu avec une patronne qu’elle appréciait beaucoup et qui lui demandait de veiller sur son petit-fils gravement malade. On découvre alors que Célestine a également été beaucoup plus épanouie dans son métier auprès d’une famille qui la respectait et ne passait pas tout son temps à la mépriser. Ces flashbacks sont un peu lourds et cassent le rythme déjà très lent du film. La mise en scène du réalisateur se veut à la fois classique et surprenante. On est d’ailleurs parfois décontenancés face aux jeux de caméra du réalisateur (notamment les zooms) qui donnent à certaines scènes un goût kitsch. On pourra également regretter des dialogues souvent incompréhensibles lorsque les acteurs marmonnent.

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                                                                                   © Mars Distribution

Léa Seydoux nous offre comme à son habitude une très belle performance. Toujours aussi charismatique, elle tient le film sur ses jeunes épaules. Vincent Lindon est lui aussi à son aise dans son rôle de jardinier antisémite même si on a parfois beaucoup de mal à le comprendre et qu’il aurait gagné à articuler davantage. Enfin, mention spéciale pour Clotilde Mollet impeccable en bourgeoise infâme.

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                                                                            © Mars Distribution

La bande-annonce

Edgar La Gâchette

DVD : JOURNAL D'UNE FEMME DE CHAMBRE
Malgré de clairs défauts, ce film parvient à capter notre attention grâce à sa critique de la domesticité.On regrettera néanmoins le dialogues parfois incompréhensibles, et les choix artistiques du réalisateur déstabilisants.
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Scénario5
Acteurs5
Bande-son5
Rythme3
Les plus
  • Léa Seydoux
  • Du féminisme à la lutte des classes
Les moins
  • Le manque d'articulation de Vincent Lindon
  • Une réalisation étrange
5Note Finale

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